White on White

Le «Carré blanc sur fond blanc» de Kazimir Malevitch est une oeuvre qu’il faut regarder avec la foi d’un mystique. Il est la meilleure représentation possible de la pureté de forme et de couleur.

Je regarde cette toile et je ne peux m’empêcher d’y voir l’aboutissement d’une recherche que des peintres comme Boticelli, Ingres ou Renoir ont mené eux aussi avec courage. La même recherche de transparence, la même obsession géométrique, sauf que Malevitch a refusé les contraintes du mythe ou du modèle pour représenter le beau dans sa forme absolue.

Cette recherche d’absolu donna son nom au mouvement fondé par Malevitch, le Suprématisme. Celui-ci prône la suprématie du sentiment pur et de la forme pure, la perception non rationnelle et sans objet d’une nouvelle réalité. Dans le cas de Malevitch, on dit que cette recherche se transforma en «quête mystique», dont le témoignage le plus éloquent fut justement cette première oeuvre monochrome de l’histoire. Avec cette oeuvre, repos pour le regard, une fenêtre sur l’infini s’est ouverte.

On notera aussi le caractère emblématique et religieux de certaines des oeuvres antérieures de Malevitch, dont le «Carré noir sur fond blanc», qui fut placée dans le «beau coin» réservé à la Sainte Icône lors de l’exposition inaugurale du mouvement, 0.10, en 1915.

Enfin, puisque ce mouvement esthétique paraît rejoindre l’étude des trous noirs en physique, je note cette oeuvre fascinante dans la production suprématiste de Malevitch, «Cercle noir sur fond blanc». Fait intéressant, Malevitch aurait dit que le Suprématisme serait né des oeuvres qu’il a produites pour l’opéra «Victoire sur le soleil» présenté en 2013 à St-Pétersbourg.