Parménide

Parménide est un penseur immense de la philosophie grecque présocratique. Je ne saurais prétendre en parler d’autorité. Néanmoins, je crois pouvoir partager quelques informations à son sujet et une intuition.

Parménide a vécu au tournant des VIe et Ve siècles av. J.-C. De son oeuvre, il ne reste que des fragments de son traité intitulé De la nature. Malgré cette rareté des sources, Parménide demeure l’un des philosophes les plus influents de la pensée occidentale. Il était admiré de Platon, qui lui a consacré un dialogue socratique, Le Parménide, lequel aurait marqué le virage de la pensée platonicienne vers la théorie de l’Idée et des Formes. On dit de Parménide qu’il est le fondateur de l’ontologie, la science de l’être, et il conserve son influence dans ce domaine jusqu’à aujourd’hui.

Dans son traité, Parménide oppose l’Être – vérité immuable – à l’opinion – errance humaine. Puisqu’il a affirmé le caractère absolu et transcendant de l’Être, on l’a opposé au philosophe Héraclite, qui vécut à la même époque et qui a affirmé que tout n’est que changement et harmonie des contraires et que l’Être, donc, n’est pas.

Quand on y pense, c’est une époque extraordinaire de l’aventure humaine que celle qui a vu naître à peu près en même temps Parménide et Héraclite, du côté de l’occident, et le Bouddha (Siddharta Gautama), du côté de l’orient. Il semblerait que le développement du cerveau humain et l’évolution de la pensée ait atteint un stade critique à cette époque.

Du côté de l’orient, Bouddha découvrait des vérités semblables de la philosophie d’Héraclite, plus particulièrement, soit que tout est impermanent, sans substance et source de souffrance. Ainsi, à la philosophie occidentale de l’Être de Parménide, il oppose à peu près en même temps une philosophie non-dualiste de la vacuité, selon laquelle les choses et les êtres n’ont pas d’essence, n’ont pas d’être en soi, et dans laquelle l’absolu (nirvana) est représenté comme vide.

Au mysticisme de l’Être, conçu comme sphère intacte chez Parménide et si bien représenté selon moi par le «Cercle noir sur fond blanc» de Malevich, dans le mouvement suprématiste moderne de la peinture occidentale, on peut opposer le mysticisme du vide, représenté de façon étrangement concordante par le symbole de la vacuité et de l’achèvement (Enso) dans le bouddhisme Zen.