Place d’Armes, place désarmée

L’importance de la Place d’Armes dans l’histoire de Montréal est indéniable. On dit aussi qu’il s’agit d’un des lieux historiques les plus achalandés de Montréal. Pourtant, cette place n’aurait vraisemblablement aucune importance dans l’imaginaire des Montréalais si ce n’était de la Basilique Notre-Dame et des funérailles nationales qui, parfois, y attirent les foules.

On peut se demander pour quelle raison la place d’Armes de Montréal est entrée dans l’ombre, sachant que les places d’armes ont tant d’importance dans d’autres pays, en particulier en Amérique latine. Il suffit de voyager dans certaines des anciennes colonies espagnoles pour découvrir, en effet, que la plaza de armas est généralement la place principale des villes, là où l’on retrouve non seulement la cathédrale, mais aussi l’hôtel de ville, le palais du gouvernement, des casernes, ou des monuments historiques célébrant la nation.

Dans le cas de Montréal, allez savoir pourquoi, il semble que la place soit devenue désarmée, le caractère politique de l’endroit ayant été pratiquement effacé de nos jours par le pouvoir de l’église et des banques. Et pourtant, la place d’Armes de Montréal possède tous les attributs qu’il lui faut au plan symbolique pour avoir plus d’importance dans notre imaginaire politique. Serait-ce que cette place est non seulement le lieu de quelques faits héroïques, mais aussi celui de notre plus grande défaite comme nation?

Parmi quelques faits intéressants concernant la Place d’Armes de Montréal, on notera les suivants :

La place a été créée officiellement en 1693 par les Sulpiciens. D’autres mentionnent la date de 1729, première apparition de la place sur une carte.

Avant d’être créée, la place était le lieu d’un cimetière. Par la suite, elle a servi pour le parvis de la première église de Ville-Marie construite sur l’actuelle rue Notre-Dame. Elle fut enfin vendue à la ville Montréal en 1836, après la construction de l’actuelle basilique.

C’est à cet endroit que Maisonneuve et une trentaine de colons, dont le valeureux Lambert Closse (« sauveur de Montréal »), auraient tenté de repousser une attaque par des Iroquois le 30 mars 1644. Les Iroquois, au nombre de 200 environ, firent battre en retraite les colons mais s’enfuirent après que leur chef fut abattu, dit-on, par Maisonneuve.

C’est sur cette place que les régiments français auraient capitulé en septembre 1760, y rendant leurs armes et laissant la place aux soldats anglais, qui y défilèrent souvent par la suite. Le premier monument de Montréal fut érigé à cet endroit en l’honneur de George III mais fut par la suite détruit (et decapité) lors de l’invasion américaine de Montréal. D’autres affrontements politiques s’y déroulèrent, notamment au moment de la rébellion de 1838 entre les Fils de la libertés et les partisans du Doric Club.

Le monument à la mémoire de Maisonneuve, qui se trouve au milieu de la place, est une oeuvre de Louis-Philippe Hébert installée en 1895 et fut commandité pour célébrer le 250e anniversaire de fondation de la ville (voir la galerie). Les quatre personnages représentés à la base sont particulièrement intéressants : ils illustrent Lambert Closse (avec la chienne Pilote), Charles Lemoyne (sieur de Longueuil et grand bâtisseur de Montréal), Jeanne-Mance (fondatrice de l’Hôtel Dieu), et un guerrier Iroquois (plutôt à la défensive…). Les quatre bas-reliefs au pied du monument sont tout aussi révélateurs. Ils racontent certains mythes fondateurs : l’exploit contre les Iroquois sur la place; la bataille du Long-Sault contre les Iroquois; l’acte juridique de fondation de Montréal; la première messe célébrée dans Ville-Marie. On notera ici que les exploits militaires décrits sur ces oeuvres furent héroïques, et montrèrent la détermination des Français, mais finirent tout de même dans des défaites…

Enfin, on dit que la place est un condensé de l’architecture de Montréal. En plus de la basilique de style néogothique, on y trouve le vieux séminaire des Sulpiciens, le plus vieil édifice de Montréal, construit dans le style du régime français, et devenu aujourd’hui l’hospice de la communauté (ancien lieu de travail de ma mère, soit dit en passant…); le premier gratte-ciel de Montréal, l’édifice New-York Life Insurance, en grès rouge d’Écosse et de style Renaissance italienne de New York (!); l’édifice Aldred de style Art Déco; l’édifice de la première banque canadienne, la Banque de Montréal, construit en 1845 dans le style néoclassique; ou encore le gratte-ciel de style international de la Banque Canadienne Nationale construit entre 1965 et 1967 (un véritable scandale architectural, dont nous reparlerons…).

La Place d’Armes – Wiki

La Place d’Armes – Site Vieux-Montréal

Place d’Armes – Voyages à travers le Québec

La Place d’Armes – Images Montréal

Reddition de Montréal

Premier assaut Iroquois

Le Monument à Maisonneuve

La place d’Armes, un condensé d’histoire