Montréal souterrain

Le «réseau piétonnier souterrain de Montréal», apparemment le plus grand complexe souterrain du monde, est un phénomène dont s’enorgueillit curieusement les citoyens de Montréal. Il est vrai que déambuler d’un centre commercial à un autre en passant par des passages et tunnels a quelque chose de fascinant si la pratique s’étend sur près de 33 kilomètres.

Il faut avoir vécu à Montréal pour comprendre la raison d’un tel circuit souterrain. Entre novembre et mars, le Montréalais se transforme en une sorte d’animal qui ose à peine pointer son nez dehors pour aller luncher ou magasiner. Avec le temps, donc, les promoteurs et les architectes ont compris instinctivement cette aversion au froid et ont construit, un à un, une série de galeries et tunnels permettant de cloîtrer le Montréalais à l’intérieur d’un édifice horizontal en béton.

Comme dirait un blogue touristique, le «réseau souterrain permet donc de faire ses emplettes dans le confort de la ville intérieureMais de quelle ville «intérieure» s’agit-il au juste? Est-ce la ville rêvée d’une utopie citoyenne? Est-ce le dédale de notre mémoire enfouie dans des rêves éveillés? Ou serait-ce que cette ville est plutôt celle de notre quête frénétique de plaisirs marchands?

Pour ma part, si ce tour de force architectural et géographique m’a toujours plus, et si j’ai aimé circuler dans ce labyrinthe en cherchant à m’y orienter et à y trouver mon chemin, tel un électron dans un circuit imprimé, j’y ai toujours vu aussi un côté absurde propre à exacerber mon tempérament claustrophobe.

Il ne faut d’ailleurs pas être dupe : le RÉSO, comme le dit son nom officiel, est un temple construit (creusé) à la gloire de l’esprit hyperfonctionnel et marchand. L’humain s’y trouve déterminé – programmé – par ses besoins, comme pris en souricière, en quelque sorte prisonnier d’une course dans laquelle son âme vient s’éteindre sur les vitrines des boutiques.