Le principe d’échange de Locard

Le principe d’échange est devenu célèbre dans les milieux policiers mais il est peu connu du grand public. Il porte le nom de l’un des pionniers de la criminalistique, le médecin français Edmond Locard.

Ce principe peut se résumer ainsi : «Le principe de l’échange réside dans le fait que tout auteur d’un crime laisse sur les lieux de son forfait des traces et emmène avec lui des éléments de ce milieu. C’est à partir de ce principe qu’est apparu différentes expertises à propos des cheveux, des poussières, du sang, de la balistique, des fibres, des explosifs et des traces diverses.»

On dit que Locard fut inspiré par les romans policiers de Conan Doyle, qu’il avait lus dans sa jeunesse et dans lesquels Sherlock Holmes résume ainsi sa méthode : «You know my method. It is founded upon the observation of trifles.» On dit aussi qu’il fut inspiré par la grande injustice de l’affaire Dreyfus, dans laquelle les expertises en graphologie avaient été biaisées.

On voit comment l’injustice amène les esprits nobles à se pencher sur le moindre détail sordide. Avec leur «loupe», ils cherchent la plus petite particule de matière laissée là par un criminel, particule insignifiante qui témoignera pourtant d’une grande vérité sur les événements passés. La noblesse de cette méthode est de traquer le mensonge, de pointer en direction d’une vérité cachée, celle d’un crime.

Bien qu’elle soit une trace très précise, bien plus précise que l’empreinte digitale, la preuve d’ADN, popularisée notamment par la série télé CSI Miami, demeure malgré tout une preuve circonstancielle. En effet, la présence d’un cheveu ou d’une goutte de sang sur la scène d’un crime, si elle permet de faire quelques déductions, n’explique pas tout…

Il n’en demeure pas moins que le génie du principe est d’avoir développé l’identification judiciaire en s’appuyant sur des particules de matière qui voyagent dans le temps. Car la trace n’est rien de moins qu’un morceau de temps, un résidu du passé laissé sur un objet que nous observons au moment présent. Locard disait d’ailleurs que le passage du temps était déterminant dans cette partie de l’enquête : «Nul ne peut agir avec l’intensité que suppose l’action criminelle sans laisser des marques multiples de son passage […] La recherche des traces n’est fructueuse, que dans la mesure où elle est immédiate, car le temps qui passe, c’est la vérité qui s’enfuit». Tout est donc affaire d’intensité dans notre rapport au temps!

Comme la photo d’un galaxie lointaine qui nous montre, à travers quelques photons captés par la rétine de l’oeil ou sur une pellicule, l’image de cette galaxie telle qu’elle existait il y a des millions d’années, le cheveu ou la fibre nous montrent ce qui a existé au moment du crime. Ce qui est imprimé perdure et c’est pour cette raison que la trace laissée sur la pellicule d’une caméra est certainement la meilleure source d’identification. Une image vaut mille mots, ne ment pas et ne s’efface pas facilement. À moins qu’elle soit elle-même truquée, déjouée ou trafiquée, bien entendu… Car, à la fin, c’est l’intention du criminel qui fait la différence…